Si vous êtes passionné d’automobile, vous avez forcément croisé le nom Yacco quelque part entre deux paddocks ou sur l’étiquette d’un bidon d’huile moteur. Mais connaissez-vous vraiment l’histoire fascinante de cette marque française qui a construit sa réputation sur les circuits et les pistes de records ? Installez-vous confortablement, on vous raconte l’épopée d’une entreprise qui a traversé plus d’un siècle avec la même passion de la performance.

D’où vient vraiment le nom Yacco ?

L’histoire commence en 1919, juste après la Première Guerre mondiale. À cette époque, l’entreprise Hispano-Suiza, réputée pour ses voitures de luxe et ses moteurs d’avion, crée une filiale baptisée OMO (Outillage et Machines-Outils). Un certain Jean Dintilhac prend les rênes de cette nouvelle structure et décide très vite de se concentrer sur la production d’huiles moteur, un secteur en plein essor avec le développement de l’automobile.

Le nom « Yacco » apparaît en août 1920 lorsque Jean Dintilhac dépose cette marque, reprenant la dernière syllabe de son propre nom. Malin, non ? Le terme plaît immédiatement au public grâce à sa sonorité américaine, très en vogue à l’époque. Avant même Yacco, Dintilhac avait déjà déposé l’appellation « Yaccolines » en novembre 1919. On sent déjà chez cet homme d’affaires un vrai flair pour le marketing.

Pourquoi Yacco a-t-elle révolutionné les lubrifiants ?

Dans les années 1920, les huiles moteur étaient loin d’avoir la qualité qu’on connaît aujourd’hui. Les moteurs consommaient énormément de lubrifiant, et les pannes mécaniques par manque de graissage étaient monnaie courante. Yacco se distingue en devenant la première entreprise à stabiliser les hydrocarbures en ajoutant des additifs, révolutionnant ainsi toute l’industrie des lubrifiants.

Cette innovation technique n’est pas qu’un détail. Elle marque le début de l’ère moderne des huiles moteur et permet aux mécaniques de supporter des régimes plus élevés et des contraintes plus importantes. Pour l’aviation comme pour l’automobile, c’est une vraie révolution. L’entreprise bénéficie de liens privilégiés avec Hispano-Suiza, dont les excellents moteurs équipent la plupart des premiers avions de ligne comme les Dewoitine ou les Breguet d’Air France.

Comment les records de la Rosalie ont-ils forgé la légende ?

Voilà le cœur de l’histoire Yacco, ce qui a vraiment construit sa réputation : les fameux records de la Rosalie. Au début des années 1930, en pleine crise économique, Yacco cherche à séduire André Citroën. Le patron aux chevrons reste réticent, mais Jean Dintilhac ne se décourage pas. Il achète une Citroën C6 F de série et la prépare pour tenter des records d’endurance sur l’autodrome de Montlhéry.

Le 22 octobre 1931, cette première Rosalie s’élance pour un marathon de dix jours avec cinq pilotes qui se relaient tous les 500 kilomètres. Le résultat ? Quatorze records internationaux et une moyenne de 108 km/h sur 25 000 kilomètres. Un vrai triomphe qui attire enfin l’attention d’André Citroën.

La suite devient carrément épique. En 1932, Rosalie II parcourt plus de 100 000 kilomètres en quarante jours à une vitesse moyenne de 104,331 km/h, devenant la première automobile française à réaliser un tel exploit. Mais c’est la « Petite Rosalie », une Citroën 8 CV, qui va entrer dans la légende en 1933.

Ce modèle établit le record mondial de distance sans arrêt en parcourant 300 000 kilomètres en 134 jours à plus de 93 km/h de moyenne, obtenant au total 106 records mondiaux divers. Imaginez la scène : pendant plus de quatre mois, jour et nuit, cette petite berline tourne en rond sur l’anneau de Montlhéry, pilotée par César Marchand et son équipe. André Citroën, maître de la communication, organise une réception grandiose et promet trois millions de francs à qui battra ce record avant juillet 1935. Personne n’y parviendra.

Voici un aperçu des performances accomplies par les différentes Rosalie :

ModèleAnnéeDistance parcourueDuréeVitesse moyenneRecords établis
Rosalie I (C6 F)193125 000 km10 jours108 km/h14 records
Rosalie II (C6 G)1932100 000 km40 jours104,3 km/hMultiples
Petite Rosalie (8 CV)1933300 000 km134 jours93 km/h106 records
Rosalie IX1936100 000 km1500 km/jourSur route

Malheureusement, malgré le succès médiatique, André Citroën, criblé de dettes, reconduit son contrat avec Mobiloil. La firme passe sous le contrôle de Michelin et Yacco perd ce partenariat prometteur. Mais la marque a désormais gagné ses lettres de noblesse et son slogan légendaire : « l’huile des records du monde ».

Qui était Vincent Perrot et quel record a-t-il pulvérisé ?

Fast-forward vers les années 2000. Yacco continue sa tradition des records avec un nouveau héros : Vincent Perrot, animateur de télévision et fou de vitesse. En septembre 2006, il établit un record du monde impressionnant en atteignant 530,69 km/h sur 250 mètres en départ arrêté, aux commandes d’un dragster propulsé par une turbine d’Apollo.

Ce record s’inscrit dans la droite lignée de l’ADN Yacco : prouver l’efficacité de ses produits dans les conditions les plus extrêmes. Depuis 1931, les programmes avec Citroën et d’autres constructeurs ont permis à Yacco de battre 522 records du monde, une collection unique dans l’histoire automobile française.

Que propose Yacco aux passionnés aujourd’hui ?

Plus d’un siècle après sa création, Yacco reste une marque vivante qui continue d’innover. L’entreprise propose aujourd’hui une gamme complète de lubrifiants pour l’automobile, la moto, le transport routier et l’agriculture.

Les gammes principales se déclinent en plusieurs catégories adaptées à différents usages :

Pour la compétition, Yacco a développé des huiles 100% synthétiques ultra-performantes qui supportent les hautes températures et maintiennent la pression d’huile même lors des sollicitations les plus intenses. La gamme Galaxie, par exemple, s’adresse spécifiquement aux moteurs sportifs utilisés sur circuit.

Pour les véhicules de collection, la gamme Légende propose des huiles adaptées aux moteurs anciens, généralement d’avant 1950. Ces formulations respectent les spécificités techniques des mécaniques historiques qui nécessitent des viscosités et des compositions différentes des moteurs modernes.

Pour la moto, plusieurs produits ont reçu l’homologation Quality Product 2024-2026 par la Fédération Internationale de Moto, preuve que la marque reste au top niveau de la compétition deux-roues.

La marque ne se contente pas de vendre des bidons d’huile. Elle propose également toute une gamme de produits d’entretien : liquides de refroidissement, liquides de frein, additifs et dégrippants. On trouve même des produits spécifiques comme le Racing Brake Fluid, un liquide de frein conçu pour la compétition qui assure une puissance de freinage constante dans les conditions extrêmes.

Quel lien entre Yacco et le rallye moderne ?

Yacco n’a jamais abandonné sa passion pour le sport automobile. Si les exploits de la Rosalie appartiennent à l’histoire, la marque reste très présente dans le monde de la compétition contemporaine.

L’entreprise a accompagné de nombreux pilotes et équipes, notamment lors des 24 Heures du Mans ou sur le Dakar. On se souvient de partenariats avec Audi et Mercedes-Benz en rallye et en GT. Aujourd’hui encore, Yacco sponsorise de nombreux équipages, particulièrement appréciée dans l’univers des véhicules historiques où sa réputation de sérieux n’est plus à faire.

En 2024, Yacco a annoncé un partenariat avec ART Grand Prix pour être présent dans les Championnats internationaux F2, F3, FRECA et F1 Academy, perpétuant son implication au plus haut niveau du sport automobile.

Mais l’engagement le plus emblématique de Yacco dans le rallye actuel reste son soutien à l’opération « Rallye Jeunes FFSA Yacco ». Créée il y a plus de trente ans, cette initiative de détection de jeunes talents a révélé des champions comme Sébastien Ogier (huit fois champion du monde WRC) ou Adrien Fourmaux, aujourd’hui pilote officiel en WRC. Chaque année, pour seulement 20 euros, des milliers de jeunes peuvent tenter leur chance lors de sélections organisées partout en France, avec à la clé un programme d’accompagnement par la FFSA pour les lauréats.

Comment choisir son huile Yacco selon son utilisation ?

Si vous voulez passer à Yacco, il faut d’abord comprendre les indications sur les bidons. Le « grade » de l’huile, comme 0W40 ou 5W30, indique sa viscosité. Le premier chiffre représente la fluidité à froid (W pour Winter), le second sa viscosité à chaud. Plus les chiffres sont bas, plus l’huile est fluide.

Pour un usage sur route avec une conduite sportive, une huile comme la Galaxie 5W40 100% synthèse offre un excellent compromis entre protection et performance. Si vous roulez sur circuit régulièrement, vous pouvez opter pour des grades plus élevés comme la Galaxie GT 10W60 qui supporte mieux les températures extrêmes.

Les propriétaires de voitures anciennes se tourneront vers la gamme Légende avec des monogrades comme la 30 ou la 40, plus adaptées aux jeux mécaniques des moteurs d’époque. Et pour les amateurs de préparation qui souhaitent diminuer la dilution d’huile dans le carburant, les grades à faible viscosité comme le 0W30 sont recommandés.

L’important reste de consulter les préconisations du constructeur et d’adapter le choix à votre usage réel. Une huile trop fluide sur un moteur ancien entraînera des fuites, tandis qu’une huile trop épaisse sur un moteur moderne réduira les performances et augmentera la consommation.

Où trouver les produits Yacco en France ?

Yacco distribue ses produits à travers plusieurs canaux. La marque possède une boutique officielle en ligne où vous retrouvez toute la gamme, des huiles moteur aux produits d’entretien en passant par les additifs. Les prix varient de 20 à 70 euros selon les formats et les gammes.

Des distributeurs spécialisés comme Oreca Store proposent également un large choix de produits Yacco, particulièrement pour la compétition. Ces revendeurs offrent souvent des conseils techniques pointus pour vous aider à choisir le bon lubrifiant selon votre véhicule et votre pratique.

Enfin, de nombreux garages et centres auto référencent la marque, surtout ceux spécialisés dans les véhicules de sport ou de collection. N’hésitez pas à leur demander, car Yacco reste une référence reconnue par les professionnels de la mécanique.

Yacco peut-elle encore rivaliser avec les géants du lubrifiant ?

Face aux mastodontes du secteur comme Castrol, Motul ou Total, Yacco joue la carte de la spécialisation et du savoir-faire français. La marque ne cherche pas à être présente partout, mais plutôt à maintenir son excellence dans des niches exigeantes : la compétition, les véhicules historiques, les préparations sportives.

Cette stratégie lui permet de conserver une vraie identité et une image premium. Quand on achète du Yacco, on n’achète pas juste de l’huile, on achète aussi un morceau d’histoire automobile française, l’héritage des Rosalie et des records du monde.

L’entreprise continue d’investir dans la recherche pour suivre les évolutions technologiques des moteurs modernes : normes antipollution, motorisations hybrides, contraintes thermiques accrues des turbos… Yacco adapte ses formulations pour rester pertinente face aux exigences actuelles tout en conservant son ADN performance.

Que réserve l’avenir pour cette marque centenaire ?

Yacco a su traverser les décennies en s’adaptant aux révolutions automobiles successives : du moteur à soupapes latérales au turbo moderne, de l’aviation à combustion aux défis de l’électrification. La question aujourd’hui est de savoir comment la marque va aborder la transition énergétique.

Les moteurs thermiques ont encore de beaux jours devant eux, particulièrement dans le sport automobile où la passion des mécaniques rugissantes reste intacte. Les véhicules de collection continueront également de nécessiter des lubrifiants adaptés pendant encore longtemps. Yacco dispose donc d’un marché pérenne pour ses produits traditionnels.

Mais la marque devra aussi explorer de nouveaux territoires : lubrifiants pour transmissions de véhicules électriques, fluides de refroidissement pour batteries, peut-être même des produits pour les nouvelles énergies. L’ADN innovation qui a fait naître Yacco il y a plus d’un siècle devra se réincarner dans ces nouveaux défis.

Une chose est sûre : tant qu’il y aura des passionnés d’automobile, des pilotes assoiffés de performance et des mécaniciens perfectionnistes, Yacco aura sa place dans le paysage automobile français. Après tout, l’huile des records du monde n’a pas dit son dernier mot.